Rembrandt BUGATTI (1884 – 1916) Chevaux boulonnais…

Lot 188
600 000 - 800 000 €
Résultat: NC

Rembrandt BUGATTI (1884 – 1916) Chevaux boulonnais…

Rembrandt BUGATTI (1884 – 1916)
Chevaux boulonnais ou ardennais
Circa 1907
Bronze à patine brune nuancée de vert
Edition originale A.A Hébrard, fonte Albino Palazzolo
Exemplaire unique
Signé « R. Bugatti » sur la terrasse, daté (1)906 et porte le cachet du fondeur « Cire perdue A.A Hébrard » et la mention « pièce unique »
Porte au revers l’étiquette de présentation de la Biennale de Venise en 1909
Dim. : 41 x 119,5 x 25 cm

Un certificat d’authenticité de madame Véronique Fromanger en date du 22 novembre 2017 sera remis à l’acquéreur.

Provenance :
Collection A.A Hébrard
Collection particulière, France
Collection particulière, Paris, par descendance

Expositions :
-Salon des peintres divisionnistes italiens, Galerie A. Grubicy, Paris, 1907 ;
-Galerie A.-A Hébrard « Rembrandt Bugatti, sculpteur », 15 mai-15 juin 1907, Paris ;
-Biennale di Venezia, VIII Esposizione Internazionale d'Arte della Città di Venezia, 1909, Venice, Italy ;
- Galerie A.-A Hébrard « Rembrandt Bugatti », 10-24 mai 1911, Paris.

Bibliographie :
-Véronique Fromanger, Rembrandt Bugatti sculpteur, une trajectoire foudroyante, répertoire monographique ; Les Editions de l’Amateur, 2016, modèle répertorié sous le n°196, p.325 ; p.91 ; p.97, ill. « Vue de la salle 31 lors de la Biennale de Venise en 1909, où sont présentées les œuvres de Rembrandt Bugatti » ; pp.80-81 ;
-Rembrandt Bugatti The Sculptor 1884 – 1916, Catalogue d’exposition, Nationalgalerie, Staatliche Museen zu Berlin, 28 mars – 27 juillet 2014, Hirmer Verlag, 2014, p.25, pp.31-32, pp.54-55 ;
-Véronique Fromanger, Rembrandt Bugatti sculpteur, répertoire monographique, Les Editions de l’Amateur, Paris, 2009, p.96, p.89, ill. « Vue de la salle 31 lors de la Biennale de Venise en 1909, où sont présentées les œuvres de Rembrandt Bugatti » ;
-Edward Horswell, Rembrandt Bugatti, life in sculpture », Sladmore Gallery, 2004, pp.18-19, pp.42-43, pp.90-91 ;
-Jacques Chalom des Cordes, Véronique Fromanger- des Cordes, Rembrandt Bugatti, catalogue raisonné, Paris, Les Editions de l’Amateur, 1987, pp.104-109 , pp.192-193 et modèle répertorié sous le n°192 p.296 ;
-VIII Esposizione Internazionale d'Arte della Città di Venezia 1909, Catalogo Illustrato, Venice, 1909.

Œuvres en rapport :
Modèles en plâtre, répertoriés en trois parties, Musée d’Orsay, Paris :
- Jument : 43X 51 x 17,5 cm (avec renflements) (Inv.RF3566-A)
- Poulain : 33,5 x 37,5 x 13,5 cm (Inv.RF 3566-B)
- Etalon boulonnais : 36 x 22,4 x 49 cm (Inv.RF 3547)

Edition originale en bronze :
- Jument et son poulain, fondu à la cire perdue par A .A. Hébrard, dim. 39 x 90 x 24,5 cm, six exemplaires répertoriés à ce jour ;
- Étalon, fondu à la cire perdue par A. A. Hébrard, dim. 39 x 90 x 24,5 cm, trois exemplaires répertoriés à ce jour.

Cette exceptionnelle œuvre connue sous le nom des « Chevaux boulonnais ou ardennais » est une œuvre de jeunesse du célèbre artiste Rembrandt Bugatti. Elle a été fondue en bronze par la méthode de la cire perdue en un seul et unique exemplaire en 1906 ou 1907 par le fondeur, marchand d’art et collectionneur, Adrien Aurélien Hébrard.

D’une fonte et d’une patine remarquables, l’œuvre décrit une scène d’une vibrante réalité : les prémisses d’une monte en liberté (1). L’étalon reproducteur a sans doute été introduit dans le pâturage il y a peu de temps. Placé parmi le troupeau de juments, encolure basse et naseaux près du sol, il a repéré une poulinière. Or notre jument, nerveuse et crinière au vent, probablement en chaleur de lait et encore suitée (2), a appelé son poulain inquiet tout près d’elle ; L’empressement ressenti dans son départ au petit trot indique qu’elle n’est pas encore entrée en période d’acceptation du mâle. En retrait, mis en valeur par un espace volontaire aéré, l’étalon est arrêté. La tête baissée, il forme une masse dense, puissante, figée. Les lèvres prêtes à se retrousser dans la mimique d’appel du flehmen, il informe la jument qu’il va désormais la suivre jusqu’à son consentement… Le contraste entre le mouvement inquiet de la jument et de son poulain et l’immobilisme implosif de l’étalon en attente de la saillie, témoigne de la grande sensibilité de l’artiste et de sa passion pour la psychologie animale.

Cette sculpture réalisée précocement dans la carrière de l’artiste, en 1906, témoigne de sa fascination pour le monde animal qui l’a poussé toute sa vie à en étudier avec acuité les modes de vie. En 1904, lorsqu’il commence officiellement sa carrière en signant un contrat d’exclusivité avec Adrien A. Hébrard, il réalise Marché aux chevaux (ca.1903) et Dix minutes de repos ou Le Grand Fardier (ca.1905), synthèses puissantes du monde urbain et laborieux du début du XXème siècle où le cheval de trait possède encore une place fondamentale.

R. Bugatti prend régulièrement le marché aux chevaux de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire à Paris, encore en activité jusqu’en 1907, comme sujet d’étude pour travailler sur le motif. Réalisée en 1904 et fondue en 1905, son œuvre Marché aux chevaux présente un premier groupe de chevaux ardennais. C’est cependant lors d’un séjour à la campagne, en présence de chevaux de trait en liberté, qu’il réalise les premières études « sur le vif » de notre œuvre. Une lettre adressée à René Dubois, un des associés de la Compagnie A-A. Hébrard & Cie, mentor de Bugatti, permet de connaitre le contexte de création de notre groupe (3) : « Cher monsieur Dubois, j’ai reçu ce matin votre lettre et vous remercie de l’argent que vous m’avez envoyé ; je suis chez monsieur de la Barrière et je travaille en ce moment après des chevaux superbes de race belge, je ferai ensuite des vaches et des bœufs». Ces trois chevaux superbes sont « des chevaux de traits boulonnais ou ardennais. »

Modelé en 1906 et fondu en 1907, le groupe des Chevaux boulonnais ou ardennais se rapproche, par son sujet et sa composition – un format exceptionnellement allongé – aux deux œuvres précitées : Marché aux chevaux (255cm) et Dix minutes de repos ou le Grand Fardier (270 cm). A l’instar de ces dernières, le modèle n’a été édité qu’en un seul exemplaire, en pièce unique. Cette unicité voulue, grande innovation dans le monde de l’édition de l’époque, répond à une stratégie commerciale de A. Hébrard qui connait un succès fulgurant. La mention « pièce unique » inscrite dans le bronze témoigne de la mise en avant de ces œuvres, lors des expositions organisées par A. Hébrard du vivant de l’artiste (4).

Contrairement à Dix minutes de repos ou le Grand Fardier et Marché aux chevaux réalisées d’un seul jet et sans montage, notre œuvre a été composée par assemblage de trois sujets distincts, dont le musée d’Orsay conserve aujourd’hui les plâtres originaux. La comparaison de ces modèles en plâtre avec notre œuvre témoigne de la formidable fidélité de l’exemplaire en bronze : l’œuvre est très peu reprise à froid, l’empreinte est retranscrite avec une belle habilité, les nuances vibrantes et la nervosité du style concis et percutant du sculpteur sont parfaitement inscrites dans la cire. Les rendus de la fonte et de la patine si remarquables et si fidèles sont dus à l’immense talent du chef de l’atelier d’Adrien Hébrard, l’italien Albino Palazzolo, ainsi qu’à la compréhension et la complicité rares et fusionnelles de l’éditeur avec son artiste.

Pensés à l’origine par R. Bugatti comme un tout, les trois sujets sont ensuite réédités par A. Hébrard séparément, en un petit nombre d’exemplaires en bronze : Etalon d’une part et Jument et son poulain d’autre part.

La fascination de l’artiste pour la race équine et sa capacité à la comprendre s’expriment avec force et talent dans cette pièce unique, virtuose et intemporelle.

Notes :
(1) Définition de « monte en liberté »: accouplement de la jument en troupeau avec un étalon en liberté dans un espace donné, principalement en plein air, sans intervention directe de l’homme.
(2) Définition de « suitée » : Se dit d'une jument qui a donné naissance à un poulain et qui l'élève.
(3) V. Fromanger, Répertoire monographique, 2016, op cit., p ;91.
(4) Notre œuvre : Exposition à la Galerie A.-A Hébrard « Rembrandt Bugatti, sculpteur », 15 mai-15 juin 1907, Paris ; Biennale di Venezia, VIII Esposizione Internazionale d'Arte della Città di Venezia, Venice, Italy, 1909 ;
Galerie A.-A Hébrard « Rembrandt Bugatti » , 10-24 mai 1911, Paris ; le Grand Fardier , modèle en cire présenté en 1905 à la Société nationale des Beaux- Arts, remporte le Grand prix de la sculpture au Salon de Milan en 1906 , présenté encore en 1907 Société nationale des Beaux- Arts de Paris, et en 1909 à la Biennale de Venise, 1908 à la Société royale de zoologie à Anvers, et 1913, Galerie Hébrard, Paris ; le Marché aux chevaux, en 1905 à la Société nationale des Beaux- Arts de Paris
Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue